L’eau
Dieu a dit dans le Coran: «Nous fîmes descendre du ciel une eau pure et purifiante» [4].
L’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Toute eau est pure, à moins que tu ne saches qu’elle est impure» [5]. Il a dit également: «En voyant l’eau, le commandeur des croyants (l’Imam Ali (a.s)) disait: Louange à Dieu qui a fait de l’eau une matière purifiante et n’en a pas fait une matière souillante.» [6]
Par le mot «eau», les jurisconsultes désignent les différentes sortes d’eau qu’on retrouve dans la nature, comme l’eau de pluie, l’eau de source, l’eau minérale, l’eau de mer, etc. Ils désignent aussi par ce même mot, l’eau boueuse des rivières en crue ainsi que l’eau des bassins ou des étangs qui a subi un changement dû à sa stagnation ou à autre chose, comme la poussée des algues, la présence des poissons ou des feuilles d’arbre, etc.
L’eau est pure et purifiante
Dieu a dit dans le Coran: «Du ciel il fit descendre sur vous de l’eau pour vous purifier.» [7]
L’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Le Prophète (a.s.s) a dit: l’eau purifie et ne peut être purifiée.» [8]
L’eau enlève la souillure matérielle (comme le sang, l’urine, etc.) et la souillure immatérielle (c’est-à-dire on peut l’utiliser dans les différents types d’ablution); et c’est ça le sens de l’expression des jurisconsultes: «l’eau est elle-même pure, et elle purifie tout ce qui est souillé par al-khabath et al-hadath.»
Avec les mots al-khabath et al-hadath, les jurisconsultes désignent respectivement la souillure matérielle et la souillure immatérielle.
Il y a une différence entre al-khabath et al-hadath. Par exemple, si l’eau en petite quantité entre en contact avec al-khabath (comme le sang, l’urine…) elle deviendra impure. Par contre, si elle est touchée par une personne qui est en état d’al-hadath al-asghar (l’impureté mineure qui correspond à l’état d’une personne après l’excrétion de l’urine, ou après avoir lâché des vents,…) ou en état d’al-hadath al-akbar (l’impureté majeure qui correspond à l’état d’une personne après avoir eu des rapports sexuels, ou à l’état d’une femme qui a eu ses règles,…), elle restera pure. Et si, par exemple, on veut enlever al-khabath (tel que le lavage d’un vêtement souillé) on n’aura pas besoin de le faire dans l’intention de se rapprocher de Dieu, alors que si on veut faire ses ablutions pour enlever al-hadath, cette intention sera indispensable. [9]
L’eau mélangée
Quelqu’un a demandé à l’Imam as-Sadiq (a.s) s’il est permis de faire ses ablutions avec du lait, et l’Imam (a.s) lui a répondu: «Non, c’est uniquement avec de l’eau ou de la terre.» [10]
Avec l’expression «l’eau mélangée», les jurisconsultes désignent tout liquide autre que l’eau. Cette expression s’applique donc à l’eau mélangée avec autre chose, et à tous les jus.
L’eau mélangée est pure, mais pas purifiante
On peut utiliser l’eau mélangée comme boisson ou comme autre chose, mais on ne peut pas s’en servir pour faire ses ablutions ou pour purifier un objet souillé. C’est ça le sens de l’expression des jurisconsultes: «l’eau mélangée est elle-même pure, mais elle ne peut enlever ni al-khabath, ni al-hadath.»
A ce propos, l’auteur de l’ouvrage intitulé al-madarik a dit: «La preuve est le verset coranique: «Si vous êtes malades ou en voyage, si l’un de vous vient de satisfaire ses besoins naturels, ou si vous avez eu des rapports intimes avec les femmes et que vous ne trouviez pas d’eau, recourez à l’ablution avec la terre (at-tayammoum)» [11] qui exige le recours au tayammoum (l’ablution avec la terre) lorsque l’eau fait défaut. Car s’il était permis d’utiliser l’eau mélangée dans les ablutions, at-tayammoum ne serait pas obligatoire lorsque l’eau fait défaut. L’autre preuve est la suivante: tout ce qui est considéré comme impur par un texte islamique (un verset coranique ou un hadith) doit être considéré comme tel même après l’enlèvement de sa souillure par un moyen quelconque, sauf s’il y a un texte qui considère ce moyen-là comme purifiant. Mais puisque dans les textes islamiques il n’y a que l’eau qui est considérée comme un purifiant, donc tout objet souillé (et qui n’a pas été purifié avec de l’eau) restera impur même après son lavage avec l’eau mélangée.» [12]
Comment savoir si l’eau est mélangée ou pas?
Question: Si on voit de l’eau et on ne sait pas si elle est mélangée ou pas (c’est-à-dire on ne sait pas si on peut l’utiliser pour enlever al-khabath ou al-hadath), pourra-t-on la considérer comme étant une eau pure?
Réponse: - Si on sait qu’au début cette eau-là n’était pas mélangée et que, par la suite, elle avait subi un léger changement dû à son contact avec une autre chose (comme le savon, l’encre, la pâte, etc.), alors on devra la considérer comme elle était au départ (c’est-à-dire de l’eau tout court), car, de nature, lorsque l’homme est sûr d’une chose, il ne tient pas compte des doutes, et sa certitude demeurera inébranlable jusqu’à preuve du contraire. Et c’est de là qu’est venu le principe selon lequel la certitude ne peut être enlevée que par une autre certitude.
Les jurisconsultes tiennent compte de ce principe et le considèrent comme étant l’une des règles fondamentales du fiqh qui permet de déduire des avis juridiques dans toutes les branches de celle-ci. Ce principe appelé al-istishab est approuvé par l’Imam as-Sadiq (a.s). En effet, l’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «On n’enlève pas la certitude par le doute, mais on l’enlève par une autre certitude.» [13]
- Si on sait qu’au début cette eau-là était mélangée et que, par la suit, elle avait subi un changement qui pousse à croire qu’elle est devenue de l’eau, alors, conformément à la règle al-istishab, on devra tenir compte de la première certitude, c’est-à-dire on devra considérer cette eau-là comme une eau mélangée.
- Si on n’a aucune idée sur son état précédent (c’est-à-dire on ne sait pas si elle était mélangée ou pas), alors on ne devra la considérer ni comme une eau mélangée, ni comme de l’eau tout court, car il n’y a aucun texte islamique qui peut servir de règle dans un cas pareil.
L’eau jaillissante et l’eau stagnante
L’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Il n’y a pas de mal à ce que l’homme urine dans l’eau courante, mais il est détestable d’uriner dans l’eau stagnante.» [14]
Les linguistes désignent par l’expression «eau courante» toute eau qui coule, et par l’expression «eau stagnante» l’eau qui ne s’écoule pas (comme l’eau du puits, l’eau du bassin et celle de l’étang).
L’auteur d’al-madarik a dit: «Par l’expression «eau courante», on désigne exclusivement l’eau jaillissante, car l’eau courante qui ne jaillit pas d’une source fait partie des eaux stagnantes. En cela, les jurisconsultes sont tous du même avis.» [15]
Cela veut dire que les jurisconsultes ont leur propre définition de l’eau courante et de l’eau stagnante. En effet, chez eux l’eau jaillissante est une eau courante même si réellement elle n’est pas courante, car elle est susceptible de continuer à couler; et l’eau stagnante est celle qui n’est pas jaillissante même si réellement elle est courante, car elle n’est pas susceptible de couler continuellement.
Le contact de l’eau avec la souillure
Dans un hadith authentique, le Prophète (a.s.s) a dit: «Dieu a crée l’eau et en a fait une matière pure et purifiante; rien ne peut la souiller, sinon ce qui est susceptible de changer soit son goût, soit sa couleur, ou bien son odeur.» [16]
L’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Si l’eau a changé d’odeur ou de goût, alors ne la bois pas et ne l’utilise pas dans les ablutions; et si son odeur et son goût n’ont pas changé, alors tu pourras la boire et l’utiliser dans les ablutions.» [17]
L’Imam ar-Rédha (a.s) a dit: «L’eau du puits est abondante; rien ne peut l’altérer, sauf si elle change d’odeur ou de goût. Dans ce cas, l’eau du puits doit être évacuée, jusqu’à ce que celle-ci devienne douce et que l’odeur disparaisse; car elle a une source.» [18]
[4]- Sourate al-Forqan (s: 25 / v: 48)
[5]- Al-wasa’il (s:1 / p:133) . Ce hadith veut dire ceci: Tant qu’on ne sait pas qu’elle est impure, on doit la considérer comme étant pure (NdT).
[6]- Al-wasa’il (v:1 / p:135)
[7]- Sourate al-Anfal (s: 8 / v: 11)
[8]- Al-wasa’il (v:1 / p:134)
[9]- Certains ont dit:«Dans le cas d’al-khabath, la purification concerne uniquement le corps, et c’est pour cela qu’il n’est pas nécessaire d’avoir l’intention de se rapprocher de Dieu lors de l’enlèvement d’al-khabath. Par contre, lorsqu’on veut enlever al-hadath, cette intention est indispensable car, dans ce cas-là, la purification concerne à la fois le corps et l’âme.»
[10]- Al-wasa’il (v:1 / p:201)
[11]- Sourate al-Ma’ida (s:5 / v:6)
[12]- Al-madarik (v:1 / p:110)
[13]- Al-wasa’il (v:1 / p:245)
[14]- Al-wasa’il (v:1 / p :143)
[15]- Al-madarik (v:1 / p:28)
[16] - Al-wasa’il (v:1 / p:135)
[17] - Al-wasa’il (v:1 / p:139)
[18] - Al-wasa’il (v:1 / p:141)

