La règle al-faragh et la règle at-tajawouz [162]
L’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Si tu doutes [d’avoir fait correctement] al-woudho’ au moment où tu fais une autre chose, alors tu ne devras pas tenir compte de ton doute, car le doute [dont il faut tenir compte] est celui qui survient avant de terminer l’action [qui est l’objet du même doute].» [163]
Quelqu’un a interrogé l’Imam as-Sadiq (a.s) au sujet d’un homme qui doute d’avoir fait correctement al-woudho’ après avoir fini de le faire, et l’Imam as-Sadiq (a.s) lui a dit: «Il se souvient au moment où il fait al-woudho’ mieux qu’au moment où il doute.» [164]
Zourara a dit: «J’ai dit à l’Imam as-Sadiq (a.s): «Que devra faire un homme s’il doute au moment où il fait al-iqama d’avoir fait al-adhan (l’appel à la prière)?» Il a dit: «Il devra continuer [de faire al-iqama].» J’ai dit: «Et si, après avoir fait takbirat-ul-ihram (dire: Dieu est plus grand), il doute d’avoir fait al-adhan et al-iqama, [que devra-t-il faire]?» Il a dit: «Il devra continuer.» J’ai dit: «Et si, après avoir récité [la sourate ou les sourates], il doute d’avoir fait takbirat-ul-ihram, [que devra-t-il faire]?» il a dit: «Il devra continuer.» J’ai dit: «Et si, après avoir fait ar-roukou‘, il doute d’avoir récité [la sourate ou les sourates], [que devra-t-il faire]?» Il a dit: «Il devra continuer.» J’ai dit: «Et si, après avoir fait as-soujoud, il doute d’avoir fait ar-roukou‘, [que devra-t-il faire]?» Il a dit: «Il devra continuer sa prière. Ô Zourara! Si, au moment où tu fais une chose, tu doutes de celle que tu viens de terminer, alors tu ne devras pas tenir compte de ton doute.» [165]
En s’appuyant sur les textes islamiques (les hadiths et les versets) ainsi que sur la raison, les jurisconsultes ont établi plusieurs règles dont la règle al-faragh et la règle at-tajawouz qui ont été déduites du hadith que nous venons de citer.
La règle al-faragh et la règle at-tajawouz s’appliquent au moment du doute. On applique la première règle lorsqu’on doute d’avoir fait correctement une chose après avoir entamé une autre (par exemple, lorsqu’on doute d’avoir fait correctement al-woudho’ après avoir commencé de faire la prière). Cette règle est admise par tous les jurisconsultes, et elle s’applique dans tous les domaines du fiqh (la prière, le jeûne, le pèlerinage, la vente, la location…). Quant à la règle at-tajawouz, on l’applique lorsqu’on doute d’avoir fait une partie d’un acte avant de terminer celui-ci. Par exemple, lorsqu’on doute d’avoir lavé les mains au moment même où on fait al-woudho’, ou lorsqu’on doute d’avoir récité la sourate avant de faire at-taslim.
En s’appuyant sur le hadith précédent (celui qui a été rapporté par Zourara), les jurisconsultes ont tous dit que la règle at-tajawouz s’applique pendant la prière. Et en s’appuyant sur le hadith où l’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Si tu doutes au moment où tu fais les ablutions d’avoir lavé tes mains, alors lave-les, et refais tout ce dont tu doutes.» [166]
Question: La règle at-tajawouz s’applique-t-elle pendant al-ghosl (les ablutions majeures) et at-tayammoum?
Réponse: Les avis des jurisconsultes divergent sur ce point. Certains ont dit que la règle at-tajawouz ne s’applique pas pendant al-ghosl et at-tayammoum. D’autres ont dit qu’elle s’applique pendant ces derniers. Et nous, nous approuvons ce dernier avis, car al-ghosl et at-tayammoum sont concernés par le hadith où l’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Si quelqu’un doute d’une chose après avoir entamé une autre, il ne devra pas tenir compte de son doute.» Et si les jurisconsultes ont exclu al-woudho’ de cette règle, c’est à cause du hadith précédent.
Celui qui est en état de doute
- Si quelqu’un est sûr d’avoir fait les ablutions, mais il hésite à croire qu’il a gardé al-woudho’ (car il croit qu’il a eu al-hadath après les ablutions), alors il ne devra pas tenir compte de sont doute, c’est-à-dire il n’aura pas besoin de refaire les ablutions. Il y a deux preuves pour cela: le hadith où l’Imam as-Sadiq (a.s) a dit: «Tu ne dois pas enlever la certitude avec le doute.» [167] et al-ijma‘.
- Si quelqu’un est sûr d’avoir eu al-hadath, mais il hésite à croire qu’il est toujours en état d’al-hadath (car il pense qu’il a fait les ablutions après avoir eu al-hadath), alors il devra faire les ablutions. Il y a deux preuves pour cela: le hadith que nous venons de citer et al-ijma‘.
- Supposons que quelqu’un n’a pas fait les ablutions après avoir douté de son woudho’, et par oubli, il a fait la prière dans cet état-là; alors il devra refaire la prière, car celle qu’il a faite sera considérée comme une prière faite sans woudho’.
- Si quelqu’un ne doute de son woudho’ qu’après avoir fait la prière (c’est-à-dire avant de faire la prière. Il ne doutait pas de son woudho’, mais après avoir fait la prière, il doute de l’avoir faite avec al-woudho’), alors, conformément à la règle al-faragh, sa prière sera considérée comme correcte, mais il devra faire les ablutions pour les prières suivantes car, selon la règle al-istishab, si quelqu’un doute d’avoir enlevé al-hadath, il devra se considérer comme mouhdith. [168]
Peut-être, certains diront: «Comment peut-on considérer à la fois la prière comme correcte et al-woudho’ comme incorrect, alors qu’on sait bien qu’on ne peut accomplir la prière qu’avec al-woudho’?»
A ceux-là nous dirons ceci: il n’y a aucune contradiction en cela, car dans notre cas, la règle al-faragh et la règle al-istishab portent sur deux choses différentes. En effet, l’objet de la première règle est la prière, et l’objet de la deuxième règle est al-woudho’. En outre, nous, nous n’avons pas dit que réellement la prière est correcte et al-woudho’ est incorrect.
- Si quelqu’un sait avec certitude qu’il a fait les ablutions et qu’il a eu al-hadath, mais il ne sait pas si al-hadath est survenu avant ou après al-woudho’, que devra-t-il faire?
Réponse: L’auteur d’al-madarik a dit: «La plupart des jurisconsultes (notamment les anciens) ont dit qu’il devra se considérer comme mouhdith, et s’il veut faire la prière, il devra faire les ablutions, car Dieu lui a ordonné de faire la prière avec al-woudho’, il devra donc être certain d’avoir gardé al-woudho’, et il ne peut avoir une telle certitude que par l’intuition ou en recourant à la règle al-istishab. Mais lui, il est dans un état où il a deux certitudes contradictoires, et dans un état pareil, il ne pourra pas savoir d’une manière intuitive qu’il a gardé al-woudho’ et il ne pourra pas recourir à la règle al-istishab, car al-istishab de chacune des deux certitudes s’oppose à al-istishab de l’autre. Donc, il devra se considérer comme mouhdith.» [169]
Celui qui doute beaucoup
Quelqu’un a interrogé l’Imam as-Sadiq (a.s) au sujet d’un homme qui doute beaucoup pendant la prière, et l’Imam (a.s) lui a dit: «Ne tenez pas compte des illusions, [car] le diable est malicieux; il s’habitue à tout ce qu’on l’habitue.» [170]
Ce hadith veut dire qu’il ne faut pas tenir compte des doutes répétés.
Le Prophète (a.s.s) a dit à ce propos: «Les doutes répétés viennent du diable.» [171]
Ces hadiths ainsi que d’autres incitent les croyants à ne pas tenir compte des doutes répétés, car celui qui en tiendra compte se trouvera dans une situation embarrassante; et la loi islamique exclut tout ce qui est susceptible de mettre le croyant dans l’embarras.
En s’appuyant sur ces hadiths, les jurisconsultes ont établi une règle selon laquelle celui qui doute beaucoup ne doit pas tenir compte de ses doutes. Ainsi, si quelqu’un doute beaucoup au moment où il fait les ablutions, il ne devra pas tenir compte de ses doutes.